samedi 25 mai 2013

L'école, ce noeud gorgien

J'ai une histoire un peu compliquée avec l'école, et ce qu'il y a de plus étonnant est qu'aucun fait objectif ne peut en témoigner.
Bonnes notes, bonnes appréciations et voeux d'orientation toujours satisfaits.
Ce qu'il y a eu de compliqué entre moi et l'école n'a (presque) jamais franchi la barrière de mes lèvres.

Il est vrai que je n'avais pas beaucoup de copains en primaire, mais tout le monde semble croire que la tendance se soit inversée ensuite, sans que rien ni personne ne s'attarde sur les concessions que cette inversion a pu nécessiter.
Il est vrai que j'ai souffert plusieurs années de maux de ventre chroniques et inexpliqués, mais tout le monde savait que j'étais une enfant émotive et immature.
Au collège, il m'est souvent arrivé de tricher aux contrôles, surtout en langues, parce que je n'aimais pas apprendre par coeur, mais personne n'aura jamais osé faire le soupçonner venant d'une élève aussi brillante.
J'ai passé plusieurs années de ma scolarité à pleurer, beaucoup, mais jamais suffisamment longtemps pour qu'on imagine que cela puisse être autre chose qu'un de ces maux nécessaires censés nous préparer à la vie d'adulte.

Quand l'Anté-pré-ado est entré à l'école, j'étais néanmoins bien décidée à faire ma priorité de ce que l'école soit pour lui une expérience enrichissante et épanouissante.
On lui a cherché une école bobo-gaucho-alternative différente, où nous n'aurions pas l'impression en tant que parents d'y être mis à la porte, où nous n'aurions pas l'impression que notre enfant n'y apprendrait qu'à "devenir élève". 
Au bout de deux ans, les trajets fatigants, la naissance de la Princesse, l'impossibilité pour l'Anté-pré-ado de se faire des copains dans le quartier (puisqu'il n'était pas à l'école de secteur) et aussi notre peur grandissante de la future "réintégration" qui surviendrait tôt ou tard, nous ont fait renoncer à ce projet.
Au final, l'atterrissage fut plutôt moins douloureux que ce que nous avions craint. 
A l'école publique, nous y avons rencontré des instits passionné-e-s par leur métier, qui aimaient profondément être avec les enfants dont elles avaient la charge, qui croyaient en l'importance de leur mission et avaient conscience de l'enjeu, mais pas que.
A l'école publique, les affreux y ont trouvé des copains, des amis même, ils y ont rencontré des enfants très différents, de culture, d'origine sociale et ethnique, de centres d'intérêts, mais pas que.

Ça fait maintenant 8 ans que l'Anté-pré-ado va à l'école.
HUIT ANS!!
Mais je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir atteint l'objectif que je m'étais fixée.
Les questions sont toujours là, plus nombreuses même.
Les doutes sont toujours là, plus nombreux eux aussi.
Entre temps, nous avons lu, réfléchi, imaginé, tenté de comprendre, et tout se passe comme si nous savions encore mieux qu'avant que nous ne savons rien, et surtout pas en quoi consiste la solution idéale.

Alors là, je vous vois venir...

"Faudrait peut être que vous songiez à lâcher prise.."
"Les enfants ne sont pas en sucre, vous ne les préserverez jamais de toutes les vicissitudes de l'existence" 
"Il faut bien qu'ils se confrontent à ce qu'ils auront à affronter maintes et maintes fois quand ils seront grands"
"C'est vous qui êtes angoissés vis à vis de l'école alors forcément, vous leur transmettez vos inquiétudes, apprenez à avoir confiance et tout ira bien"
"Vous feriez mieux d'arrêter de chercher la petite bête, les instits savent ce qu'ils font, ils sont formés EUX"

Tout cela, je l'ai déjà entendu au moins un milliard et demi de fois. 
Et contrairement à ce que pensent ceux qui nous rabâchent ce genre de choses, il ne se passe pas un jour sans que je me pose moi-même ces questions.

Parce que le lâcher-prise, oui, c'est une chose difficile et nécessaire qu'il faut savoir faire, mais qu'une enfance, on en a qu'une seule et que si Dodson a écrit "Tout se joue avant 6 ans", c'est sûrement une erreur de traduction mais pas non plus totalement dépourvue de sens.
Que bien entendu, mon but n'est pas, en tant que parent, d'enfermer à tout jamais mon enfant dans un solide cocon protecteur mais à l'aider à devenir suffisamment fort et autonome pour lui permettre de surmonter les épreuves qui seront les siennes. Malheureusement, on ne s'entraîne pas à souffrir, on se résigne seulement. 
Enfin il ne faut pas confondre angoisse et vigilance, confiance et aveuglement.
Quant à chercher la petite bête, il me semble que cela ne dérange que ceux qui sont un peu trop confortablement assis sur leurs propres certitudes.

La semaine dernière, l'Anté-pré-ado a "oublié" de nous donner le papier annonçant la tenue d'une réunion d'information au collège du secteur en vue de sa rentrée en 6ème. Manque de pot, elle avait lieu deux jours après. Raison invoquée: sa trouille monumentale de se retrouver avec les gamins qu'il fréquente cette année, dont il subit moqueries, brimades, et violences. Pourtant, il a arrêté les exposés sur les trous noirs, tenté d'amadouer une fille ou deux avec ses origamis et bien fait attention à ce que le fait qu'il joue encore avec ses bonhommes lego ne s'ébruite pas hors des murs de la maison, mais apparemment, ça n'a pas suffit. On attend une réponse d'un collège privé pour lequel on a sollicité une classe spéciale EIP: 1er sur liste d'attente,  ça fait espérer mais ça ne garantit rien.

Lundi prochain, on a rendez-vous avec le directeur de l'école de la Princesse avec qui on doit statuer sur un éventuel passage anticipé en CE2. C'est la seule solution que nous propose l'école pour faire en sorte que la Princesse s'y ennuie un peu moins. Une solution pour laquelle nous sommes assez mitigés: quitter ses copains, endosser le rôle de plus-petite-de-la-classe pour obtenir le droit d'apprendre quelque chose. Tout à l'heure, nous avons interrogé la Princesse sur la question, sa réponse a été: "Ah en CE2, oui, je vais apprendre des choses mais au bout d'un moment, je vais à nouveau tout savoir par coeur, et alors ça n'aura servi à rien!" A deux mots près, c'est exactement la phrase que j'ai prononcé quand MrD m'a demandé, quelques jours auparavant, le souvenir que j'avais de mon propre saut de classe.

Dans la vie de tous les jours, j'ai l'habitude de prendre mes décisions au pifomètre éclairé: c'est à dire que j'accumule un maximum d'informations sur la situation et quand cela me paraît suffisant, je "teste" à la façon d'une expérience de pensée laquelle des possibilités me semble la plus juste, la plus judicieuse, la plus évidente... et j'opte pour celle que j'aurais le mieux "senti".
Là, inutile de vous dire que c'est le néant total, un vrai noeud gorgien, et je n'ose pas encore sortir l'épée tranchante.

samedi 11 mai 2013

L'écrivain et l'existant.

Un jour, le petit Prince arriva sur une drôle de planète. 

En son milieu, coulait une rivière tourmentée: tantôt mer d'huile et l'instant d'après, bouillonnait avec fracas. Étroite et sinueuse, rebondissant sur les cailloux blancs, elle s'élargissait bientôt comme une immense feuille de nénuphar dans le bruissement sourd de la vertigineuse cascade qui se préparait.

Ses berges monotones contrastaient avec le tempérament imprévisible du cours d'eau.
D'immenses pelouses moelleuses, semblables à des greens, s'étalaient à perte de vue. 
Ça et là, semés comme des grains de beauté, de confortables méridiennes donnaient vue sur la rivière comme une invitation à la contempler, à la façon d'une oeuvre d'art.

C'est alors que le Petit Prince aperçu une curieuse embarcation secouée par les remous de la rivière capricieuse.
Simple coque de noix, pourvue d'un mât unique autour duquel flottait en guise de voile la chemise d'un petit homme encordé.

Le Petit Prince, tout en trottinant sur la berge, demanda au petit homme: 
- Qui êtes-vous?
- Je suis l'Existant, répondit le petit homme.
- Et que faites-vous sur ce bateau? continua le Petit Prince
- Eh bien, j'existe pardi! dit le petit homme d'un ton enjoué.
- Attaché au mât, ça ne doit pas être drôle d'exister ainsi tous les jours, pensa tout haut le Petit Prince.
- Détrompe toi! dit le petit homme qui avait tout entendu - on a intérêt à être solidement attaché si on veut exister pleinement. La corde m'évite d'avoir à calculer comment m'y prendre pour rester debout, ainsi je ne manque rien du paysage!
- Mais ne voudriez-vous pas parfois pouvoir esquiver une vague ou une série de rapides? A force d'en subir, vous devez bien savoir comment vous y prendre pour les contourner? suggéra le Petit Prince.
- Qui te dit que je les subis, petit présomptueux? J'aime cette vie de bohème, dont les vicissitudes comme les bonheurs me semblent chaque jour des cadeaux du hasard! Si tu veux du calcul et de l'anticipation, va plutôt voir mon frère, c'est sa grande spécialité... mais prendre garde: on a tôt fait de devenir ombrageux quand on se regarde exister plutôt que de le faire.

C'est alors que le Petit Prince remarqua un deuxième petit homme, en tous points semblable au premier, affalé sur une des méridiennes, un carnet à la main.
- Et vous, qui êtes-vous? demanda le Petit Prince
- Moi, je suis l'écrivain, répondit le second petit homme.
- Écrivain? Mais qu'écrivez-vous? interrogea le Petit Prince jetant un coup d'oeil furtif au contenu du carnet.
- TOUT! j'écris TOUT! absolument TOUT! L'état de la rivière, le nombre et l'emplacement des tourbillons, le dénivelé des cascades, le temps que l'embarcation de mon frère peut espérer passer dans une zone calme. Je consigne également les trajectoires du bateau et note l'efficacité de chacune d'entre elle pour traverser les turbulences.
- Mais c'est un travail considérable! s'exclama le Petit Prince.
- Ah ça oui, tu peux le dire! Et qui demande une concentration de tous les instants! Pas de temps à perdre! Pas une minute de relâche!
-Mais, à quoi cela sert-il de noter tout cela? demanda le Petit Prince sceptique.
- Hé bien, compte tenu de la somme considérable de renseignements que je collecte depuis des temps immémoriaux, je suis très fier de pouvoir t'annoncer que je serai bientôt en mesure de présenter à mon frère une méthode infaillible pour que sa vie soit enfin bien moins risquée, dit le petit homme en gonflant le buste d'orgueil. Quand j'aurais achevé ma théorie, j'irai la crier à mon frère depuis le bord de la berge et il n'aura plus qu'à la mettre en oeuvre, compléta-t-il.
- Et s'il ne le fait pas? questionna le Petit Prince.
- Je saurais le convaincre! J'ai pour moi une existence remplie de données, de calculs et de prévisions scientifiques! Je sais pourquoi et comment j'ai raison, moi! s'agaça le petit homme.
- Une existence remplie de données? Mais vous existez donc vous aussi? s'étonna-t-il.
- Ah ça non mon petit monsieur! Je n'ai pas de temps à perdre avec ces balivernes insensées! Je n'existe pas moi, j'écris! rétorqua avec agacement le petit homme avant de s'en retourner sur ses talons avec l'air offensé de celui à qui on avait fait perdre son temps. 

.....

Voici mes modestes excuses pour ces quelques semaines de silence...je reprends la plume très vite, promis!


samedi 13 avril 2013

Les deux visages de la modernité

Quasiment un an jour pour jour après sa vomitive tribune dans Le Monde, Odile Buisson, qui a bien compris le potentiel buzzatoire de sa prose anti-sage femme, enfonce le clou (et engrange des sous) avec la publication d'un livre censé ouvrir les yeux (remplis de méconium) et les oreilles (abreuvées de chants mayas) des pauvres animaux décérébrés en quête de maître à penser que sont les FEMMES.

Tout Buzz attirant les charognards, c'est donc bien naturellement que la Presse - selon une recette testée et approuvée par l'Express - s'est dépêchée d'ouvrir ses colonnes à ce qui ne manquera pas de faire parler d'eux, pour le meilleur et surtout pour le pire (parce qu'il paraît que ça buzze mieux).

Cette fois-ci c'est Charlie Hebdo, le journal qui maîtrise l'art d'accommoder bites et culs à toutes les sauces (en réalité, Charb est atteint de la forme non verbale du syndrome Gilles de la Tourette... mais chuuuuuut c'est un scoop!), qui n'a su résister aux trompettes de la renommée (où est donc passé le cher compagnon de mon adolescence??!!!) et a prié Odile de venir présenter son Ôdilité (et se donner ainsi l'occasion de s'entraîner un peu à dessiner des vagins, ce qu'ils font tout de même très médiocrement je dois dire).

Ayant déjà usé mon clavier l'an dernier pour tenter de démontrer à ma façon que de la même façon que l'agriculture bio, ce n'était pas de l'agriculture traditionnelle sans pesticide; l'accouchement naturel, ce n'est pas l'accouchement traditionnel mais sans péridurale, je vous ferai donc grâce de mon laïus cette année même si force est de constater qu'envisager que la pointe de la technologie (c'est à dire dans le cas qui nous intéresse: la compréhension et l'optimisation de la physiologie de l'accouchement) ne passe pas (forcément) par la technologie de pointe semble toujours un tour de force cognitif, une transgression, voire un quasi-blasphème au Dieu-progrès que - dans notre vision si bien héritée de la révolution industrielle et de la société de consommation- nous nous représentons avec le Surfoetus dans une main et une puce RDIF dans l'autre.

Odile Buisson y dénonce donc "l'industrialisation de la santé"sur un vague air d'anticapitalisme (histoire de coller au lectorat de l'hebdo), et Charlie d'invoquer Charlot avec cette image ô combien évocatrice détournée du film les Temps Modernes.
Et elle a raison Odile!!!
Nous aussi sommes CONTRE l'industrialisation de la santé et de la naissance!!

Ce que je n'arrive pas à m'expliquer, c'est POURQUOI elle voit de l'industrialisation dans la pratique des sages-femmes et dans la création des maisons de naissance (dont je rappelle le slogan depuis maintes et maintes années: 1 femme, 1 sage-femme)... soit précisément là où le but est d'endiguer l'industrialisation de la santé telle que l'ont amorcé ces nouveaux supermarchés de l'accouchement présentés comme le fleuron de l'obstétrique.

Car de l'industrialisation, il y en a bel et bien, mais pas là où Odile le prétend.
Pour mémoire, je vous remets ici le spot réalisé par Amnesty International (oui, vous avez bien lu, ceux qui luttent contre toutes les formes de violences). 
[attention, la vidéo met assez mal à l'aise... surtout si on a vécu un accouchement très médicalisé qui s'est pas hyper bien passé]


Sale temps pour les femmes, comme dirait Odile.

jeudi 4 avril 2013

Une imposture héréditaire




Juillet 2000
Jour des résultats du bac. Mes parents m'attendent dans le salon avec une bouteille de champagne tandis que je déverse un flot de brûlantes larmes de honte et de colère dans le grenier qui me sert de chambre.
J'ai honte d'avoir honte: une mention bien, beaucoup en voudraient, mais j'ai honte quand même. On me demande pourquoi je pleure, on pense que c'est le contrecoup du stress, "on" se trompe. J'ai honte d'avoir des notes médiocres dans les épreuves où j'ai le plus donné de moi, comme une preuve sur papier glacé de ma propre médiocrité. Je suis en colère contre ces profs à qui j'avais bien dit que je ne valais pas un clou alors même qu'ils ne tarissaient pas d'éloges sur mon compte. Et surtout surtout surtout, je suis en colère contre moi-même d'avoir eu la faiblesse de les croire. La bouteille est restée au frais bien longtemps, jusqu'à ce qu'une nouvelle heureuse nouvelle fasse oublier ce rendez vous manqué.

Avril 2012
L'Anté-pré-ado répète à qui veut l'entendre qu'il est nul. Nul de chez nul, même si nous - ses parents, ses instits et ses copains - ne nous en sommes pas encore rendus compte. Il en marre de faire des erreurs à des tâches qu'il trouve pourtant si évidentes, il ne comprend pas comment il a fait pour ne pas les éviter, il ne supporte plus la compassion déguisée en indulgence des adultes: il se croit nul tout en espérant secrètement qu'il en fut autrement.

Mars 2013
La Princesse vient de passer un bilan en vue d'un possible saut de classe et l'heure de la restitution a sonné: QI hétérogène. Ça veut dire que la Princesse -comme son grand frère- est très très très douée pour tout ce qui touche aux mots et à la mémoire permanente, un peu moins pour le reste, suffisamment moins pour qu'on ne puisse conclure sur son cas. La psy explique et explique encore, je retiens ce qui m'arrange: "surinvestissement de la sphère intellectuelle" que je traduis hâtivement par "que de la gueule" et qui vient, bien malgré moi, appuyer là où ça m'a toujours fait mal.

Alors quoi? serions-nous donc des imposteurs de mère en fils-le dans cette famille???

Mais cette fois, je n'ai pas gâché le champagne et je me suis mise en tête de chercher (et de trouver!) des explications à tout ça (je vois d'ici ceux qui m'accuseront de flagrant délit de défense par la cognition à qui je répondrais: et alors?!). Google m'en a appris de belles que je m'apprête à partager avec vous.

1ères constatations
  • Les forums regorgent de gens - enfants ou adultes - présentant un QI hétérogène, c'est à dire un écart de plus de 12 points entre la partie verbale du QI et les autres, ne permettant pas - selon les modes de construction de l'outil - le calcul d'un QI global. 
  • Dans la plupart des cas, ces gens ont reçu des informations qui leur ont paru insuffisantes (puisqu'ils cherchent à en savoir plus sur les forums) et n'ont pas répondu à leurs attentes, leur attente étant - dans la plupart des cas - de savoir s'ils pouvaient ou non mettre le mot HQI/zèbre/surdoué sur leurs souffrances ou leurs bizarreries. 
  • Les raisons de cette incertitude sont très simples: 1- l'impossibilité d'exprimer un QI total laisse au praticien la responsabilité du diagnostic sur des critères d'appréciation personnels 2- Il n'y a pas parmi les psychologues de réel consensus pour trancher les cas de QI hétérogènes.


Question 1: Mais ils sont vraiment nombreux ces gens au QI hétérogène ou c'est juste un effet loupe lié à Internet?
Bien sûr, Internet ne doit rien arranger MAIS ce n'est pas qu'un effet de grossissement non. Selon cette publication qui étudie le profil de 245 enfants précoces, 51,4% d'entre eux auraient un écart de plus de 12 points entre QI verbal et QI performance (contre, je crois, mais je n'ai plus les chiffres en tête, une dizaine de % dans la population "normale").La différence moyenne entre les deux QI étant de 14,08 points dans cette population d'enfants précoces. Jean-Charles Terrassier recommande d'ailleurs de ne pas considérer qu'un QI soit hétérogène entre dessous de 15 points d'écart dans le cas d'un zèbre.

Question 2: Que traduit un QI hétérogène?
Les différentes catégories des tests de QI sont conçues pour explorer la mise en oeuvre de différentes formes d'intelligence (beaucoup d'ailleurs considèrent qu'ils sont trop restrictifs au regard de la multiplicité des formes d'intelligence supposées). 
En très gros, on considère que le QI verbal mesure la capacité à mobiliser sa mémoire à long terme (on retrouve parfois les termes "intelligence cristallisée) tandis que le QI performance (même si cette appellation n'existe plus dans la dernière version des tests pour enfant) mesure la capacité à mobiliser la mémoire de travail, sorte de mémoire vive de notre ordinateur de cervelle (qu'on appelle parfois "intelligence fluide").

Pour fonctionner de façon optimale, on considère assez naturellement qu'on a besoin de mobiliser les deux de façon complémentaire même si ce n'est pas forcément nécessaire à la réussite d'une tâche, surtout si on est assez doué pour l'une ou pour l'autre.

Pour illustrer, je vous donne un exemple entre le fonctionnement de MrD (mémoire à long terme pourrie) et le mien (mémoire de travail pourrie). Les spécialistes de la question excuseront mes approximations.

Pour réviser un partiel on peut choisir: 
1- d'apprendre par coeur l'intégralité des TD et utiliser ce corpus de données pour restituer la plus pertinente le jour J (mémoire à long terme)
2- d'étudier un ou deux exercices à fond, les théorèmes principaux et faire marcher sa matière grise (et sa chance aussi) le jour J (mémoire de travail)

Dans le premier cas, le travail peut être fastidieux - mais pas tant que ça si on retient vite et sans effort - et que les contenus restent en nombre raisonnables. Et cela est généralement très valorisé par l'école (qui apprend bien ses leçons = bon élève), donc cela peut être une stratégie gagnante dans les milieux académiques.

Dans le second cas, la masse de travail en amont est évidemment plus faible mais l'énergie dépensé le jour J sera beaucoup plus importante. Cette stratégie est globalement plus risquée dans les milieux académiques, sauf si, une fois encore, on est très performant dans ce domaine. Par contre, elle peut devenir un avantage dès lors que les contenus deviennent très nombreux et doivent être maîtrisés dans un laps de temps trop court pour permettre un stockage en mémoire permanente.

Donc un QI hétérogène ben globalement ça veut dire que l'une de ces deux stratégies est beaucoup moins performantes que l'autre. En général, c'est la stratégie 1 qui est privilégiée par rapport à la 2 sauf dans le cas des autistes Asperger (mais mon exemple est beaucoup trop grossier pour illustrer ça).

Question 3: A quoi est lié un QI hétérogène?
En général, quand l'écart entre QIV et QIP est vraiment très important (de l'ordre de 20 ou 30 points), on considère que c'est parce qu'il y a un problème quelque part, quelque chose qui empêche la machine de tourner à plein régime. Ça peut être un problème cognitif comme par exemple: une dyslexie, dyspraxie, (mais dans ce cas, il y a souvent des difficultés associées: pour apprendre à faire du vélo, pour apprendre à lire/écrire, etc...)... ou un problème psychologique (par exemple dans le cas de l'Anté-pré-ado, on avait postulé que cette hétérogénéité était liée à ses angoisses très importantes, sorte d'envahissement de la sphère émotionnelle sur la sphère cognitive).

Mais quand tout va bien ? (comme dans le cas de la Princesse, dont le bilan de personnalité montre une petite fille tout à fait bien équilibrée, heureuse de vivre et sans difficulté aucune) On en pense/fait quoi de ce QI hétérogène???

1ère hypothèse: C'est en général dans ces cas là que les psys déboulent avec leur "défense par la cognition" et "surinvestissement de la sphère intellectuelle". En gros, il est connu (et à mon avis tout à fait normal...) que le fait d'intellectualiser les choses est une façon de mettre à distance les émotions qui nous sembleraient trop violentes à supporter (en gros: si j'ai planté magistralement un examen, une façon "d'oublier" cette déception trop dure à encaisser serait de chercher à rationaliser en décortiquant les raisons de mon échec, etc...), c'est donc ça qu'on appelle "défense par la cognition". Et si ce phénomène se répète régulièrement au point de devenir un mode d'existence, je suppose qu'on en arrive à un "surinvestissement de la sphère intellectuelle" (qui n'a finalement rien à voir avec ce que les petits enfants coréens subissent chaque jour même si le terme semble porter à confusion).
Sauf que, a priori, ça suppose déjà qu'on soit pas super à l'aise avec ses émotions, donc pas forcément super épanouis...

Deuxième hypothèse: Un QI hétérogène serait tout particulièrement répandu chez les enfants précoces et autres zèbres parce qu'ils seraient tellement à l'aise dans un type d'intelligence que l'autre n'aurait pas "besoin" d'être stimulée, surtout si elle est légèrement moins performante... d'où un QI hétérogène et qui ne s'arrêterait pas de s'hétérogénéiser.

Troisième hypothèse (mais ça c'est juste moi qui hypothétise): n'oublions pas que cette hétérogénéité est mesurée par un "outil" à savoir les tests de Whechsler (dans le cas des enfants le WISC IV donc). Hors, tous les outils de mesure ont une zone de fonctionnement optimal en deça et au delà duquel ils fonctionnent plus mal. Sachant que les QI hétérogènes ont tendance à se rencontrer plus fréquemment au dessus de 130 ET en deça de 70, doit-on conclure que les enfants concernés ont EFFECTIVEMENT une assymétrie de fonctionnement ou que, d'une façon ou d'une autre, l'outil de mesure fonctionne un peu moins bien.

Question 4: Oui, mais alors, zèbre ou pas zèbre???
Communément, pour parler d'enfant précoces, on dit qu'il faut atteindre 130 de QI total. Jean-Charles Terrassier abaisse cette limite à 125. Mais ceci ne résout pas le problème des QI hétérogènes pour qui il n'est pas possible de donner une valeur de QI total (car non pertinent compte tenue de la façon dont l'outil est construit). Certaines études n'hésitent alors pas à être très inclusives en intégrant dans la catégorie "enfant précoce" tous les enfants obtenant au moins 125 de QI que ce soit en QI verbal ou QI performance ou QI total.
D'autres encore estiment que la valeur du QI total importe moins que le profil des résultats obtenus à chacun des sous-tests qui composent le test. En effet, il est assez connu que l'item "Codes" est souvent particulièrement échoué dans la population des enfants précoces, de la même façon que l'item "Similitudes" est particulièrement bien réussi. Sauf que.... apparemment, l'échec à l'item "Codes" est beaucoup plus marqué chez les garçons que chez les filles (les filles subissant plus fortement la pression sociale les incitant à entrer dans le moule).

Ce que je retiens de tout cela, c'est qu'il y a sûrement bien un million de façon d'être un zèbre, comme il y a un million de façon de ne pas en être un.


Question 5: Mais au fond, en quoi c'est important de se prendre le chou avec tout ça?
Pour moi (car forcément, cette réponse ne peut être que personnelle), c'est d'abord important pour ça:

Ok, la référence mérite d'être creusée (d'ailleurs si quelqu'un a de la biblio là dessus ça m'intéresse) mais globalement, il revient assez régulièrement que l'hétérogénéité de QI peut être un facteur de mésestime de soi. Qu'il peut donner le sentiment d'être nul (peut être parce qu'on s'attend à pouvoir faire des choses sur lesquelles au final on butte), qu'il peut donner un sentiment de décalage entre ce que les autres perçoivent de nous et ce que nous percevons de nous même (à l'origine d'un sentiment d'imposture), qu'il peut enfin conduire à une forme d'échec scolaire lorsqu'une stratégie jusque là gagnante reposant quasiment exclusivement sur la mémoire à long terme devient brutalement insuffisante.

Mais la bonne nouvelle, c'est que maintenant qu'on SAIT, on va pouvoir y REMÉDIER...

mercredi 3 avril 2013

Pense à toi

Hier, Mr Déjanté, 
qui avait subrepticement jeté un oeil 
par dessus l'épaule de l'Anté-pré-ado en pleine création
me sussura d'un air mi-inquiet mi-enflammé

Je crois que l'Anté-pré-ado est amoureux
il a même fait un dessin pour lui déclarer sa flamme

10 minutes plus tard, l'Anté-pré-ado venait m'annoncer que mon nouveau pense-pas-bête (c'est comme ça qui les appelle) m'attendait dans ma chambre...


Vous aurez la délicatesse de ne pas voir les fautes d'orthographe, ni ne sourirez de sa réflexivité grammaticale obsessionnelle. Vous n'essayerez même pas de décrypter les signes kabbalistiques made In la Terre du Milieu et fondrez de délectation devant ce petit paquet d'amour.

Je t'aime mon fils.

mercredi 20 mars 2013

Ultimatum de mère épuisée


Le problème des jobs qu'on fait par vocation, c'est qu'ils nous conduisent généralement à dépasser les limites qu'on s'était fixées AVANT de les accepter.
Mais vous me direz qu'un boulot qu'on aime, ça n'a pas de prix, surtout par les temps qui courent... 
et vous n'auriez pas complètement tort!

On m'avait bien dit de faire attention de ne pas me laisser bouffer, j'avais acquiescé, sûre de mes capacités de discernement et persuadée d'être de faire mieux que toutes celles et ceux qui avaient fini au fond du trou.

On m'avait dit: tu verras, dans ce métier de contact, tu ne t'ennuieras jamais.
On m'avait dit: tu verras, c'est vraiment un job qui apporte de grandes satisfactions et qui te fera te coucher le soir avec le sentiment du travail accompli.

Un vrai boulot à responsabilités, des horaires de malade, un salaire de merde mais bon... quand on n'aime hein!

Et voilà! 
Moi qui d'habitude suffoque rien qu'à l'idée de signer un contrat d'abonnement téléphonique 
ben là 
j'ai signé direct 
et suis partie au charbon la fleur au fusil.

La période probatoire a été franchement difficile, rien à voir bien sûr avec le pied total que j'avais pu connaître lors des quelques stages réalisés par le passé (c'est la différence entre le tourisme et l'immigration comme disent les blagues carambar).
Et pis, j'avais tenté d'organiser mon boulot, de rationaliser les obstacles, de positiver quoi...
Sans penser au manque de reconnaissance des collègues, ni aux problèmes qu'on vous refile toujours à VOUS 5 min avant de partir en week end/vacances...
J'ai même continué de me fixer des challenges plus ou moins balèzes, parce qu'on dit que c'est comme ça qu'on avance (et on est assez bête pour le croire!)...

Et puis bon, j'ai fini par m'habituer à ce rythme infernal, j'ai même ouvert un blog pour décompresser, parce que trouver des gens qui vivent la même chose, la même passion, ça aide à se souvenir pourquoi on se lève tous les matins.

Alors évidemment, ça fait tenir un peu plus longtemps, relativiser ses coups de mous, mais le manque de reconnaissance abyssal, la charge de travail écrasante, les astreintes permanentes, cette sensation d'être à la fois irremplaçable et minable sans compter que j'ai complètement mis ma vie personnelle en parenthèses pour ce taf... ça s'accumule, s'accumule, s'accumule....

Un jour on s'aperçoit qu'on a zappé l'anniversaire d'un proche, le lendemain on devient limite mystique... mais jusqu'où cela ira-t-il?? 
(rassurez-vous, je n'ai aucune intention d'aller me pendre dans les toilettes de la Leche League avec mon écharpe de portage après avoir avalé 1L de liniment oléo-calcaire)

Alors voilà, 
ça fait quelques jours que l'envie me prend d'aller poser sur le bureau familial 
ma lettre de démission de mère au foyer

 en attendant, je dépose un préavis de grève reconductible pour lundi prochain 8H00, et n'accepterait de négocier une reprise du travail que lorsqu'un code du travail humain sera rédigé pour encadrer cette profession multi-séculaire.

J'exige donc: 
  • Une pause journalière d'une demi-heure
  • Une journée de travail de moins de 12H
  • 1 semaine de congés payés par an
  • Pas plus de quatre week end d'affilée d'astreinte
  • Une indemnisation en nature de tous les effets personnels dégradés par les mauvaises conditions de travail (chemisiers tâchés de purée carotte, pull recouvert de vomi, etc...)
  • Une revalorisation des jours où les gosses (ou les instits) sont malades (comptent double), ainsi que des jours où le nombre d'enfant excède le taux d'encadrement légal dans les micro-crèches (à savoir 4 enfants/adulte)
  • Le paiement des heures sup' après 19H00
  • Le droit au congé maladie

A bons entendeurs...